Anna Gautron, externe en médecine générale : «J’aime mes études autant que je les déteste. »

Anna Gautron, externe en médecine générale : « J’aime mes études autant que je les déteste. »

 

D’après une enquête « Santé mentale 2024 des étudiants de médecine générale », publié par France-Inter, un étudiant en médecine sur deux déclare des symptômes anxieux et 27% disent souffrir d’épisodes dépressifs caractérisés. Ces chiffres sont-ils représentatifs d’une situation véritablement alarmante ? Rencontre avec Anna Gautron, étudiante de 21 ans en 4ème année de médecine. 

Comment te sens-tu en ce moment ? 

Pour nous, c’est le début du semestre donc la pression est un peu redescendue après les partiels. Mais honnêtement peu importe le moment de l’année, en externat il y a constamment une pression à supporter (l’externat correspond à la 4e, 5e et 6année de médecine qui vise à préparer le concours du choix de spécialisation ndlr). De toute façon, il ne faut quoi qu’il arrive pas être trop fragile psychologiquement.

Qu’est ce qui t’a motivé à faire des études de médecine ? 

Durant mes années lycée j’ai adoré mes cours en sciences et en physiques. J’avais très envie de poursuivre mes études dans une branche scientifique. Je voulais également m’orienter dans le soin de la personne, l’accompagnement, et surtout faire du bien aux patients. Donc ce sont les études de médecine qui m’ont semblé les plus adéquates pour croiser toutes ces compétences. 

Il y a beaucoup d’idées préconçues autour des études de médecine, notamment à propos de la première année. Est-ce qu’elle est aussi terrible que ce que l’on pense ? 

C’est une question de point de vue. Dans un sens, oui, car la quantité de travail est énorme, c’est une organisation très lourde qu’on peut rapidement subir. On est aussi totalement coupé de notre vie sociale. Mais il faut se dire que c’est 8 mois de sacrifice. Je pense que ceux qui réussissent sont ceux qui s’y sont bien préparés mentalement. Après tout, ce sont quand même des études qu’on a choisies, les matières sont passionnantes. On ne peut faire ces études par défaut, il faut penser à l’objectif final qui permet de s’investir pleinement. 

Tu as validé ta première année de médecine en même temps qu’une réforme importante, quels impacts ont eu cette réforme sur ton année ? 

Cette réforme des programmes a engendré d’énormes problèmes d’organisation au sein de la faculté. Parfois, il y avait des questions auxquelles ni les professeurs ni l’administration n’était capable de répondre. Il y a eu aussi des modalités d’examens qui ont changé au cours de l’année. Ça a totalement perturbé notre façon de s’y préparer, chose dont on n’a absolument pas besoin en première année de médecine.   

Tu penses que les chiffres partagés par cette étude sont révélateurs d’une situation frappante de la part des étudiants en médecine ? 

Oui totalement. Ce sont des études dans lesquelles on est très peu considéré en tant qu’étudiants. En stage par exemple, on est un peu laissé à l’abandon. Les médecins sont débordés, je ne leur jette pas la pierre, mais on est censé apprendre dans des hôpitaux qualifiés de centre hospitalier universitaire (CHU). Pour beaucoup d’entre nous, ces stages se passent mal, car finalement aucun médecin n’a le temps de nous enseigner quoi que ce soit. Ajouter à cela la pression constante d’un concours à préparer, la charge mentale est très lourde, et on peut rapidement se sentir isolé. 

La France subit une pénurie de médecin dans différentes spécialités, penses-tu que cela a un lien de corrélation avec la difficulté du parcours universitaire pour le devenir ? 

C’est une question assez politique. Selon moi, le manque de médecins est aussi dû à l’organisation de la formation. Il faut savoir que le minimum d’années d’études selon son choix de spécialisation est de 10 ans. On manque de médecin, et en parallèle, il en faut aussi pour former les prochains. En plus de cela, les hôpitaux sont débordés, et n’ont pas le temps d’enseigner dans de bonnes conditions. C’est un peu le serpent qui se mord la queue.  

Au vu de ces chiffres, et de la difficulté de ces études, si tu avais le choix, tu referais les mêmes études ? 

Oui, mais je pense que c’est une décision à réfléchir mûrement. En sortant du lycée, je pensais que ce serait un « challenge » de dépassement de soi d’une durée d’un an seulement. En vérité, c’est tout le long de mes études que je vais devoir réfléchir de cette façon. Ce sont des études passionnantes, mais qui demandent des sacrifices tout le long. Finalement, je crois que j’aime mes études autant que je les déteste.  

 

Par Eléonore Beltran

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